Encaisser : choisir son système de paiement
Il y a beaucoup d'options. Stripe, Whop, Lemon Squeezy, Polar, Paddle, et d'autres. Mais il n'y a qu'un seul critère de décision au départ, et ce n'est pas le taux de commission.
Le vrai critère : Merchant of Record ou pas#
Un Merchant of Record (MoR) est juridiquement le vendeur à ta place. Il encaisse, il collecte la TVA du pays de ton client, il la déclare, il te reverse le net. Lemon Squeezy, Polar et Paddle fonctionnent comme ça.
Stripe n'est pas un MoR. C'est un processeur de paiement. Tu restes le vendeur, et la TVA de chaque pays où tu vends est ton problème. En Europe, pour du numérique vendu à des particuliers, la TVA applicable est celle du pays du client. Vends à un Allemand, un Espagnol et un Belge, et tu as trois taux à gérer.
Pour un solo qui vend en Europe sans comptable, c'est souvent la différence entre "je lance ce mois-ci" et "je suis bloqué".
La règle simple :
- Tu vends du B2C numérique à l'international, tu es seul, tu n'as pas de compta → prends un MoR.
- Tu vends du B2B français, ou tu as déjà un comptable, ou tu veux le contrôle total → Stripe.
Les commissions d'un MoR sont plus élevées que celles de Stripe. Tu paies la tranquillité fiscale. Au début, ça les vaut.
Les options#
Stripe — la référence. Le plus flexible, le mieux documenté, celui que les IA connaissent le mieux. Pas MoR. C'est celui que j'utilise.
Lemon Squeezy — MoR, orienté produits numériques et SaaS. Intégration rapide.
Polar — MoR, orienté développeurs et open source, plus récent.
Paddle — MoR, plus orienté SaaS établis, exigences d'entrée plus fortes.
Whop — c'est une marketplace avec paiement intégré, pas un simple processeur. Pertinent si tu vends de l'accès à une communauté ou à des produits digitaux, moins pour un SaaS classique.
Vérifie les commissions et conditions actuelles avant de choisir : elles changent souvent.
Fixer ton prix#
Ton prix ne sort pas d'un chapeau. Il se fixe par rapport à plusieurs choses :
- La concurrence — ce qui se pratique déjà sur le même besoin.
- La valeur ajoutée que tu apportes — ce que ton produit fait que les autres ne font pas.
- La valeur réelle pour le client — ce que ça change concrètement pour lui.
- La puissance du problème — plus le problème auquel tu réponds fait mal, plus le prix peut monter.
- L'argent que tu leur apportes — ce que ton produit fait gagner ou économiser au client. Un produit qui rapporte de l'argent ne se vend pas au prix d'un produit de confort.
Il y en a d'autres. Ceux-là suffisent pour poser un premier prix.
Pars de la concurrence#
Regarde les concurrents. Prends un produit similaire au tien, liste ce qu'il a en plus et ce qu'il a en moins, et situe ton prix par rapport à ça.
Ce n'est pas « aligne-toi sur eux ». C'est un point de départ, pour te donner une idée.
Si tu ne trouves aucune concurrence, le plus souvent c'est que ton produit n'est pas bon. C'est pour ça qu'il faut toujours te situer par rapport à elle.
Ne descends jamais sous la concurrence#
C'est la règle à ne pas casser. Jamais un prix en dessous de celui de la concurrence. Jamais.
Le prix trop bas ne vient presque jamais d'un calcul. Il vient du syndrome de l'imposteur — l'impression que ton produit vaut moins parce que c'est le tien. Il ne vaut pas moins : ton produit vaut autant que les autres produits du marché.
Le modèle : one-shot, abonnement, paliers#
Pour un débutant, je conseille le one-shot quand ton modèle économique te le permet. Deux raisons : ça se vend beaucoup plus facilement, et tu fais rapidement de la trésorerie — que tu peux réinvestir, dans un autre projet ou dans celui-là.
Paliers ou facturation à l'usage : ça dépend vraiment du SaaS, les deux sont bien. Le plus courant reste deux ou trois paliers.
Le freemium, je ne le conseille pas vraiment. Je conseille plus souvent un hard paywall. Bien sûr, ça dépend de la niche.
Quand augmenter#
Tu ne décides pas d'augmenter parce que tu en as envie, ni parce que c'est le 1er janvier. Tu regardes tes métriques — celles du chapitre 10.
Le signal principal : un churn bas. Si tes clients restent, c'est que le produit vaut plus que ce que tu le vends. Un churn qui se tient sous les repères du marché est l'autorisation la plus fiable que tu auras jamais.
Le signal inverse compte autant : ne touche jamais à tes prix quand ton churn est élevé. Augmenter le prix d'un produit que les gens quittent ne fait qu'accélérer leur départ. Tu répares d'abord, tu augmentes ensuite.
Deux autres indices, plus doux :
- Ton rapport LTV/CAC est très élevé — au-delà de 5:1. C'est souvent le signe que tu es en dessous du prix que le marché accepterait.
- Personne ne discute jamais ton prix pendant la vente. Une objection sur le prix de temps en temps est un signe de santé ; son absence totale veut généralement dire qu'il est trop bas.
De combien. Par paliers nets, sur les nouveaux clients d'abord. Une hausse trop petite ne se justifie pas et te fait passer pour hésitant ; une hausse brutale sans contrepartie visible se paie en résiliations. Et tu ne le fais pas tous les trimestres : une augmentation doit correspondre à quelque chose que le produit fait de plus qu'avant.
Les clients déjà là. Garde-les à leur prix. C'est ce qui se pratique, et pour une bonne raison : ce sont eux qui ont pris le risque quand ton produit ne valait pas encore ce qu'il vaut. Le manque à gagner est réel mais faible ; ce que coûte une vague de résiliations chez tes plus anciens clients l'est beaucoup moins.
Si tu veux quand même les faire basculer, préviens longtemps à l'avance et explique ce qui a changé. Jamais par surprise sur une facture.
Avant de passer au chapitre suivant#
Fais un vrai paiement de bout en bout, en mode test puis en réel avec ta propre carte, sur un montant minimal. Vérifie que l'accès s'ouvre, que le reçu part, et que l'annulation ferme bien l'accès. La moitié des lancements ratés le sont sur un paiement qui ne débloque rien.
